De biens belles descentes dans les Alpes de Haute-Provence

vendredi 27 mars 2009
Eric Daumas, spécialiste des tournages de film dans les Alpes de Haute-Provence, nous livre ses coins secrets....avis aux amateurs de ski sauvage.


FACE OUEST DU PUY DE LA SECHE. 2820M. PREMIERE REPETITION.5.3/E4 ?

C’est marrant les habitudes, je skie la face sud depuis des années et je n’ai jamais eu l’idée de pousser un peu plus loin côté ouest. Il faut dire que c’est truffé de barres rocheuses et de cascades de glace, magnifiques d’ailleurs, et que ce n’est plus dans « ma » vallée !
Et puis un beau jour, j’ouvre un célèbre petit topo noir…et je découvre que la FACE ouest de la Sèche a été skiée en 2001, cotation 5.4/E3 et que ce pourrait être la plus difficile course dudit topo sur les Alpes du Sud, jamais répétée.
Cette face ouest devient un objectif majeur pour la saison, je l’observe d’en face début janvier depuis le Pic des Têtes y retourne le 15 janvier en longeant l’arête ouest de la face sud, je l’apprivoise peu à peu, la regarde différemment et me lance avec un vieux copain d’armée, pas vu depuis 23 ans (véridique !), pour des retrouvailles au sommet !
Le fabuleux enneigement dans le sud de cette année 2009 nous permet de contourner l’immense barre rocheuse qui traverse tout le bas de la face ouest (hauteur de 200 à 300 mètres, parsemées de trois lignes de glace).
Les choses sérieuses commencent dans l’axe sous le sommet, on quitte les 35°/40° de la traversée pour trouver une pente régulière qui remonte avec l’altitude à 45°. Vers 2600m un ressaut de glace s’évite rive gauche avant de revenir sous le sommet pour les derniers 200m à 50° très aérien. La neige est bien là, elle est bonne, tantôt dure et froide avec une bonne accroche, encore en vieille poudre tassée en orientation nord-ouest et de type printemps à peine réchauffée à la sortie d’orientation sud-ouest. Notre départ est un peu tardif vers 14 heures, l’exposition est forte avec une première petite barre suivie d’un étranglement en glace qui vous nargue. On se fera vraiment plaisir dans le couloir situé sous ce ressaut, la neige est super bonne nous faisant oublier l’énorme barre rocheuse qui attend plus bas en cas de gamelle…Décollage assuré en speed riding mais nous n’avions pas d’aile…Nous traversons rapidement les pentes rive droite qui ont pas mal réchauffé, quelle bonne idée car plus bas nous ferons partir sous les skis deux grosses avalanches de neige humide ! Ouf c’est fini, nous sommes au fond du Galèbre, il n’y a plus qu’à remettre les peaux pour 250m et filer à Mariaud.
Cette face est vraiment superbe et son itinéraire évident. La pente n’est donc pas aussi prononcée que dans le topo et la cotation de 5.3 me semble plus réaliste que 5.4. L’exposition quant à elle est très forte et je verrais bien E4 ?
Que ce soit depuis Mariaud ou Roussimal la dénivelée est importante, respectivement de 1850m et 1950m. Il faut aller la chercher cette face ! Une sacrée course engagée qui pourrait devenir une classique des Alpes du Sud en pente raide. Merci à Daniel de m’avoir accompagné. La passion est toujours là !

Rebelotte.....


JAS du ROUIGNIER ou SUPERCOULOIR du CHEVAL BLANC 2280m
Alpes de Haute Provence, le 17 mars 2009. 5.3/ E3. 700m 45°/ 50°


La fête continue en Haute Bléone grâce au fabuleux enneigement de début de saison 2009 ! Après une jolie répétition le 21 février, c’est au tour de la belle Face Nord du Cheval Blanc d’éveiller notre attention.
Daniel Mayenc et moi-même partons ainsi pour le couloir le plus pentu côté nord, situé en partie centrale du Cheval Blanc, entre la croix de l’avion et la baisse de Palluet. L’ambiance est austère, à l’ombre, comme en cascade pour ce couloir qui à mi-mars ne voit pas le soleil de la journée. Un beau tapis de neige froide et dure tapisse le couloir où les départs naturels ont été nombreux et quelques courts ressauts de glace le parsèment. C’est une vraie cascade de glace, non skiable, qui nous oblige à esquiver rive gauche. On enfonce alors à mi-cuisse dans une vieille poudre d’un corridor parallèle avant qu’une vire « à chamois » aérienne nous ramène dans l’axe du couloir juste sous un verrou rocheux qui se franchit rive droite.
Il n’y a plus qu’à filer droit au sommet en suivant cette ligne logique. Cette partie a été bien ravagée pas le vent violent des derniers jours et la surface neigeuse est très irrégulière. Nous préférons tailler une baignoire 40m sous le sommet et finissons à pied la fine bande de neige glacée surmontée d’une corniche. Petit casse croûte au sommet et hop nous voilà partis, faisant très gaffe au départ. Le contraste est saisissant, nous plongeons dans l’ombre de ce couloir à 45° soutenu avec en face le soleil qui inonde Chavailles, le Carton et tout le paysage. La pente se redresse au dessus du verrou rocheux, virage à droite, avant de s’aplanir au dessus de la cascade de glace que nous esquivons par la vire. Le petit couloir annexe très pentu est gavé de vieille poudre tassée, c’est super bon. Deuxième ressaut de glace évité et nous reprenons place au milieu du couloir. L’affaire est dans le sac, nous sommes heureux d’avoir réaliser cette superbe descente que j’observais depuis longtemps aux jumelles. Nous l’appellerons Supercouloir du Cheval Blanc, en référence, toute proportion gardée, à un autre S… Je l’ai trouvé plus technique et soutenu que la face Ouest de la Sèche. Avis aux répétiteurs qui skieraient le haut (+ de 50°).
Dicton du jour : soyons patients et l’occasion fera le larron !
..... Le lendemain, enthousiasmé par cette belle descente, je remets le couvert en face nord de Palluet au Cheval Blanc(2305m). D’orientation un peu à l’ouest la ligne que je remonte n’a pas la skiabilité de celle d’hier. Boulettes et glace sont au rdv. Je skie alors la baisse de Palluet, côté nord, et retrouve une vieille poudre idéale dans les mélèzes. L’arrivée, par le haut, sur le fameux « pas » vers 1750m, connu des seuls chamois et de ceux, hélas, qui les chassent, est plutôt délicate et « paumatoire »…J’hésite un long moment, cela change de l’été, vais-je m’embarrer ? C’était sans compter sur la trace laissée par les 17 chamois partis plus haut sous mes skis. Merci les copains ! Alors que je me démène dans ce passage expo, les chamois font déjà tranquillement la trace en contrebas à la queue leu leu. Bien qu’attirante vue d’en haut car beaucoup plus facile que tous ses couloirs voisins, je déconseille fortement cette descente sans reconnaissance à la montée. 4.2/ E3



Eric

Voir les photos de ses descentes:

Le Puy de la Séche




Le Cheval Blanc




Posté dans ACTUS
Jeremy Janody