Couloir Marinelli-MonteRosa 4634 m-Italie
lundi 4 mai 2009
Une petite sortie au Couloir Marinelli, 3200m de run, 2600 m de couloir avec Stéphanie Churlet,Vincent Thomas,Raimondo Cogotti et Jérémy Janody.
Photos et Film en HD dans les prochains jours....
Couloir Marinelli par le « Col du Pape » - « Highway to Hell »…
J'aime l'appeler "la grande paroi Est", et ne pas la réduire au seul couloir Marinelli, ouvert par Saudan en juin 1969 et objet depuis lors des convoitises, fantasmes, des glisseurs de pente raide que nous sommes.
La Grande paroi Est, pourquoi ? Parce qu’au détour d'un virage dans la longue montée (30 km) de la vallée Anzasca, du torrent "Anza" qui ressemble à une vallée escarpée de la Haute-Ardèche, on change d’un coup de dimension, au lieu de trouver le Gerbier-des-Joncs, une face himalayenne surgit du décor ! Ce qui surprend c'est le gigantisme de la paroi, d'ailleurs très distinctement visible depuis Milan (140 km) les jours de beau temps (y compris les couloirs). Nota : la comparaison est valable aussi avec la vallée du Borne…
La "grande paroi est" est la plus haute de toutes les Alpes, avec tout le respect qu’on doit au Mont-Blanc, le roi de la bande des 4000, pour trouver plus haut il faut aller en Himalaya... Ceci est du, tant à sa verticalité qu'à sa hauteur, des 4.634 m de la pointe Dufour dominant les quelques 1.900 mètres du Glacier du Belvédère (un des rares glaciers encore en progression en Europe). Les quatre pointes principales sont la Gnifetti, la Zumstein, la Dufour et la Nordend, qui dominent l'antique village "Walser" de Macugnaga, situé à environ 1.300 mt d'altitude, d'où la face est particulièrement imposante (c’est aussi la plus large).
Notre objectif du jour est la Silbersattel (Selle d'argent), départ original de Sylvain « silver » Saudan. C’est le col, situé à 4.517 m d'altitude entre la Pointe Dufour et la Pointe Nordend, soit le plus haut des Alpes et la ligne plus directe dans la face est.
En contact avec Jérémy « Iron » Janody (voir plus bas), pour tenter une variante plus tendue à celle de Saudan et conforté par les très bonnes conditions de ma descente du 18 avril, nous voici à 7h30 au parking de Pecetto en attente de l'hélico qui doit nous droper à la Selle d'Argent, très rarement répété car difficile d'accès; les déposes se font généralement au Col Gniffetti, situé entre la Pointe du même nom où sied le refuge plus haut d'Europe : la Capanna Margherita (4.554 mt) et la Pointe Zumstein (4.653 mt). Ce sera notre sort du jour, en fonction du mauvais gré de notre pilote bien peu zélé...
Ceci dit on est tous "à l'arrache", Jeremy m'appelle à 19h00 la veille et le temps d'organiser le trip, entre coups de fil, route barrée par un éboulement de terrain, organiser l'hélico, montagne en conditions, et j’en passe, la nuit sera courte pour tous.
Ca me fait plaisir de partager cette journée avec Stéphanie, Jeremy et Vincent, venus spécialement des Aravis, mon premier terrain de jeu et initiation à la pente plus raide que la noire du Lachat. C’est la première fois qu’on fait une course ensemble et j’espère, pas la dernière. Pour la petite histoire ce fut Pierre Tardivel qui me donnait l’idée de venir ici, depuis le sommet du couloir ouest du Gouter en février 2003, quand je lui annonçais mon déménagement à Milan. J’ai bien essayé de le soudoyer mais il n’a pas cédé aux sirènes du lama…
Passé la surprise du changement de drop-zone (disons que j’ai eu « un peu » les abeilles), nous voilà donc dans notre petit lama à mater le plus beau spectacle que j'ai vu en 7 ans de fréquentation du massif, ambiance Nanga Parbat ou McKinley à portée de voiture !!!!
On remonte, façon bourdon, la face « meringuée » par 4 jours de mousson, en remettant à plus tard quelques possibilités de descente dont la « voie des français » (pour faire pendant au couloir des Italiens à la Grande Casse, pffff), ceci dit avec seulement 2 descentes à ce jour (à priori) : Stefano De Benedetti et Dominique Neueurschwander, ça reste une autre entreprise (difficilement en conditions, peut-être jamais plus)...
Arrivés au col Gnifetti dans un bon mètre de poudreuse, nous voilà partis à la recherche du meilleur panorama, en remontant l'arête de la Zumstein où nous précèdent mes amis locaux, Alessandro Caldarera, aspi et compagnon de pente raide, les guides « Macumba » et Fabio Iacchini (le premier répétiteur du Marinelli à 17 ans, en remontant dans le couloir) plus un client. On peut voir la face nord du Lyskamm et ses 750 à 57°, pour l'instant plus adaptée au patinage artistique extrême. Pour la petite histoire elle fut ouverte par Tone Valeruz, le « chamois humain » des Dolomites qui non content des 13 mn de la 1ère (juin 1974) revint en 1985 la descendre en 3 mn : mutant !!! L’autre protagoniste du Lyskamm est Stefano De Benedetti, autre mutant du genre qui ouvrit une ligne parallèle.
Et nous y voilà, au centre de l'arc Alpin, au sommet du plus grand couloir des Alpes, presque au sommet de la Zumstein (4.563 m), dominant le vide omniprésent et l'immense pente, le glacier du Belvédère et le village de Macugnaga, quasi 3.300 m plus bas ! Mes compères ont la banane des grands jours, faut dire que les conditions sont "plutôt pas pires", grand beau, pas de vent et que grâce la dernière chute de neige la face a été bien remplie. C’est le bon moment pour faire cette descente resté quasi vierge en 2007/2008.
Cette année le haut est très crevassé et la face a bien travaillé par rapport à ma descente « tranquille » de 2006, où le haut était lisse et rempli de 50 cm de poudreuse, (la pente blanche de la Zumstein s’effrite petit à petit sous les chutes de séracs). Il va donc falloir traverser tout le pan de rideau sommital pour éviter le rappel sur sérac fait par les "marinellistes" d'il y a 15 jours. Quelques virages gazeux plus loin, re-traversée à gauche, plus facile pour les skieurs quand il s'agit de remonter, surtout sur les portions en neige dure insidieuse, mais où est le tire-fesses ? Re-virages gazeux au dessus des séracs, re-traversée sous la corniche située au sommet du "Col du Pape", entre la Zumstein et la Dufour, façon tube à Hossegor ; d’ailleurs Jérémy ressemble étrangement à Andy Irons, surfeur hawaïen triple champion du monde ; en extrapolant ça ferait Jérémy Irons, mais ce sera pour une autre fois, et on va donc en rester à l’analogie « métal », car ça va envoyer du « heavy » :
Living easy, living free - Season ticket on a one-way ride - Asking nothing, leave me be - Taking everything in my stride - Dont need reason, dont need rhyme – Ain’t nothing I would rather do - Going down, party time - My friends are gonna be there too – Im on the highway to hell…
Je veux dire « we are »… Et on n’a pas été déçus…
Trouvé le passage bien raide à la sortie du « tube », pour éviter le sérac, la portion rencontrée le long des rochers est sérieuse et tendue, à bien lire donc. Je ne réitère pas la prouesse de mes camarades à ski qui découvrant le raccourci derrière un rocher, réussissent à gratter la pente à l'horizontale pour récupérer le beau couloir libérateur dans sous « col du Pape ». Etant contraint par mon surf, je me retrouve dans un passage scabreux avec le tail au bord d'une crevasse et le nose sur une lèvre de neige dure qui ne me permet pas de tirer à gauche pour récupérer le couloir et risque donc de m’envoyer sauter le sérac et de finir « à la cave »; disons que j'ai mis les piolets à contribution, en backside, donc façon "piolet torsion"... Je regarde mes compagnons dessiner des belles courbes dans l’pentu, mais après tout faut pas trainer. Après une bonne renfougne en back-side, taillage de marche à la pioche, je sors une ligne au moral sur la neige dure et évite le jump involontaire, bien content. Je n’ai jamais été très atiré par le free-style après tout. A priori on serait les premiers à passer par là, poussés donc par l’évolution récente de la face…
Mes amis sont déjà engagés dans la partie raide appelée les "rocce grigie" (rochers gris, car les « rochers rouges » c’est bien plus loin)... Et là, restent encore environ 2.000 mt de pente en cours de transfo, on va pouvoir reprendre les habitudes des « lézards-à-vie », soit "dré dans l'pentu" jusqu'au glacier. Disons que coté itinéraire, après la relative course d'orientation du haut, ce n'est pas là qu'on va se perdre, vu que c'est tout droit jusqu'en bas, et c'est énorme !!! On négocie les 300m des rocce grigie en neige est fraîche sur 20 cm. Les virages se succèdent avec délice et excitation. Jérémy filme la troupe, Stéphanie et Vincent sont ravis et moi pas mécontent d’avoir recollé au peloton. Ensuite la pente s’ouvre largement, et nous voilà au milieu de la « Grande Paroi Est », l'endroit est irréel, les conditions aussi... Mais on est en haute montagne… En effet le sérac sommital des « rocce grigie » à voulu rider la face le lendemain soir, heureusement qu'il a mis un peu de temps avant d'enquiller dans nos traces, chacun son tour, on ne double pas...
La fin du couloir est très bon, on va pouvoir descendre jusqu'en bas (rare aussi ces dernières années, vu l’activité dans la face). On arrive sur la moraine et trouvons un peu de neige humide, mais tranquille. Ensuite directe sur le glacier, archi bouché, en neige à peine revenue, jusqu'au refuge où la bière est déjà sortie pour fêter une des plus belles descentes des Alpes et introniser Stéphanie, Vincent et Jérémy « damoiselle et chevaliers blasonnés » du couloir Marinelli...
Raimondo Cogotti
Merci à Vibram, Vitali SpA, etc…Dynastar,Nic-Impex,Millet,Cilao,Alpic travaux en montagne
Sommet la Zumstein: 4563 m
Dénivelé : 2.600 m jusqu'au glacier et 3.200 m jusqu'au parking
Inclinaison : 45/50° dans le passage du Col du Pape et 45° dans les rocce grigie, sinon 35/40° soutenu.
Horaire : montée en lama, 1h00 de descente pour la face + halte bière au refuge + descente par les pistes jusqu'à Pecetto.
Posté dans ACTUS
Jeremy Janody







